"La guerre des contes" est une comédie musicale créée par les élèves de CM2 de l'école Les Bosquets de Briis-sous-Forges, entre février et juin 2011.
Après avoir réfléchi sur l'importance des contes, ce qu'ils véhiculent, comment ils sont structurés, ce qu'ils en retiennent, etc. les enfants ont entièrement inventé leur propre conte moderne,
en y insérant des clins d'oeils, des références, et de nombreuses trouvailles dans l'enchainement des événements. Voici le texte de la pièce telle qu'elle fut jouée sur scène, à deux reprises le
27 juin et le 1er juillet 2011.
Introduction
(Narratrice : Loane)
Elle ouvre un livre de conte, sur lequel est inscrit le titre du spectacle...
Nous sommes en l'an 3000. L'histoire se passe dans un royaume vaste et lointain.
La capitale, Dark City, abrite le château de la reine, un édifice à la fois des plus riches et des plus sophistiqués qui soit. Tours en cristal, fenêtres en or, portes en argent, couloirs
pavés de bronze, et dans la cour intérieure : statues de marbre, arbres fleuris d'émeraudes, fontaine d'où s'écoulent des diamants...
Tout autour du château : champs électromagnétiques, caméras à reconnaissance faciale, rayons désintégrateurs plantés sur les tours, le tout contrôlé par un supra-ordinateur central ; et
au-dessus de la cour, une immense couronne volante, permettant à la reine de se déplacer à travers son royaume.
Sous le château, bien plus profond encore que les oubliettes, une pièce à laquelle on n'accède que par un ascenseur de verre, une pièce dont les murs sont de marbre. En apparence il n'y a
rien, mais derrière ces murs se cachent une immense bibliothèque. La reine Marie-Madeleine aime venir y passer des heures entières à écouter des conteurs lui raconter des histoires.
Scène 1 – les conteurs devant la reine
La reine : Meryl
Charlie : Alix
Lorie : Léna
Gardes-tambours : Maé et Eliott
Autres gardes : Nicolas, Marc et Kilian
Conteurs : Clarisse et Isée
Emeric : Emeric
La reine entre, suivie de deux gardes, puis viennent derrière elle : Lorie, sa belle-fille, et Emeric, son savant. Un trône, au milieu de la scène ; les gardes se placent de part et d'autres,
chacun avec un tambour. Lorie et Emeric vont s'asseoir. La reine, en passant sa main sur une « serrure à reconnaissance d'ADN », fait apparaître les rayonnages de la bibliothèque (bruit de
chimes), cachés derrière les murs.
Elle contemple les livres, ne sait lequel choisir, mais souhaite qu'on lui raconte encore des histoires, demande à faire entrer un conteur.
Les conteurs, chacun escorté d'un garde, vont se succéder, mais chaque fois que l'un d'eux s'apprête à dire une histoire dans laquelle la reine est méchante, la reine l'arrête net : « Il
était une fois... - Non ! »
En troisième, du fond de la salle, arrive le héros, le jeune Charlie.
Chanson 1 : « Conter c'est ma
passion »
(Alix commence seule la chanson, puis tout le monde se met à chanter en choeur sur « Oh le pauvre enfant », puis s'avance sur une seule ligne pour faire les choeurs)
A son tour, Charlie propose un conte, qui ne plait à la reine. Cette fois, à bout, elle décide de faire enfermer tous les conteurs. Les trois conteurs présents sont emmenés par les gardes.
« Emmenez-les au cachot ! » Elle demande à Emeric, son savant, de préparer une potion pour les rendre muets. Celui-ci répond « Oh ma reine, je ferai tout ce que vous
me demandez, mais je vous en supplie, dites-moi enfin où se trouve la personne que j'aime le plus au monde ! » La reine ne veut d'abord rien lui dire. Il s'en va, tête basse. Puis elle
le rappelle, et lui donne qu'un indice : cette personne se trouve bien plus proche de lui qu'il ne se l'imagine.
Noir
Scène 2 – les conteurs en prison
Les conteurs : Benjamin, Gaëtan, Jimmy, Kévin
Les gardes : Andréa, Emeline, Turhan, Pierre, Vincent
Dans la prison. Un des conteurs a l'idée de raconter une histoire aux gardes. Les autres suivent son idée, en proposant chacun un conte différent et mieux. Le dernier appellent les gardes, qui
s'approchent de la cellule. « Il était une fois... » Le chef des gardes l'arrête « Stop ! Nous n'avons pas le droit d'écouter vos histoires, sur ordre de la
reine. » A ce moment arrivent les conteurs et gardes de la scène précédente. Les gardes font entrer ces nouveaux conteurs dans la cellule.
Les conteurs s'alignent et vont avancer jusqu'au bord de scène pendant l'introduction du morceau. Les gardes s'alignent également et avanceront pendant le passage instrumental précédant leur
couplet.
Chanson 2 : « Emprisonnés »
Pendant la partie instrumentale, les conteurs se déplacent vers leur gauche, les gardes vers leur droite, jusqu'à ce que chaque garde soit derrière un conteur. Conteurs et gardes pivotent pour se
retrouver face à face. Les gardes font boire aux conteurs résignés la potion qui rend muet. Les conteurs continuent à chanter, bouche ouverte, sans pouvoir prononcer de mots. Ils finissent le
dernier refrain, en ralenti, à genoux, bouche fermée.
Scène 3 – interview de la reine
La reine : Mathieu
Le journaliste : Antoine N.
L'envoyée spéciale : Camille
Maquilleuse : Noémie
Technicien son : Maxence
Emeric : Turhan
Deux espaces :
un journaliste sur un plateau de télé, peut-être à part dans la salle, pas forcément sur scène
une journaliste avec et chez la reine
Journaliste
La reine va annoncer aux habitants de Dark City, par tous les moyens possibles : montre-écrans, lunettes-télé, oreillettes-radio, diffuseurs 3D, une nouvelle loi qui sera appliquée à la
seconde suivant son annonce. A l'heure actuelle nous ne savons pas encore de quoi il s'agit. Nous retrouvons Camille, envoyée spéciale en direct du château de la reine.
Interview
La journaliste pose plusieurs questions à la reine : pourquoi les conteurs ont été emprisonnés, puis privés de leur voix, mais tout un chacun a des livres chez lui et quelle est cette fameuse loi
qui va être mise en place ? (autodafé sur les livres de contes) La reine répond d'abord tranquillement, puis s'énerve un peu plus à chaque question.
« Mais Majesté, votre peuple compte sur v... - Ah, ne me parlez pas de contes ! »
La reine bondit de sa chaise, faisant peur à la journaliste qui se protège avec un livre, dont la reine se saisit et se met à le déchirer.
Elle appelle Emeric, lui demande d'inventer un incinérateur de livres nucléaire. En échange, il demande une fois de plus, n'y tenant plus, où se trouve sa fille. La reine, cruelle répond :
« Ah ah ah, tu le sauras peut-être lorsque tu auras fait ce que je te demande, mais ce que je peux déjà te dire, c'est qu'elle va elle aussi bien souffrir de voir tous ces livres
détruits, car elle adore lire elle aussi ! »
Noir
Scène 4 – confiscation des livres
Lorie : Léana
Les passants : Johana, Charlotte, Julie, Florise, Aurélien, Mathieu, Océane, Laurine, Noémie, Yoan, Samuel
Les gardes : Sarah, Mairine, Andréa, Mathilde, Antoine, Benjamin
Les joueurs d'appeaux (en coulisse) : Marc, Alix, Meryl, Ysée, Vincent, Emeric
Dans un jardin public. Lorie au milieu de la scène, un livre à la main. D'autres passants, livre à la main ou dans un sac, sur un banc ou en marchant, discutant, lisant ou
feuilletant. A un moment (signal sonore ?), tous s'arrêtent, interpelés par les messages diffusés par leur montres ou leur lunettes. On entend des « La reine ! Quoi ? Brûler les livres
!... Mais elle est devenue folle !... »
Chanson 3 : « Autodafé »
A la fin du premier couplet, chanté par Lorie seule, les gardes arrivent, et de façon mécanique, s'emparent des livres, pour venir les jeter en tas au milieu de la scène
(accompagnés par Eliott à la caisse claire et aux cymbales). A la fin de la chanson, l'un des gardes craque une alumette.
Noir
Scène 5 – la mémoire des contes
Narrateur : Quentin
Il ouvre le même livre que dans la scène d'introduction.
Après avoir fait brûler les livres, la reine se rend compte que cela ne suffit pas, car malgré cela, il reste la mémoire : les habitants de DarkCity se souviennent encore bien des contes, et
se les disent entre eux, comme cela s'est toujours fait.
Scène coupée en deux espaces
Grand-père : Maxence
enfants : Pierre et Sarah
Un grand-père s'apprête à raconter « Le petit chaperon rouge à ses enfants ». Il leur demande comment s'est passé la journée, s'ils veulent une histoire, etc. « Oui, papi
! » Et le grand-père commence « Il était une fois... »
Noir
Maîtresse : Sabrina
élèves : Amel, Kévin, Cynthia, Antoine, Audran, Emma, Julie
Les élèves sont en arc de cercle sur le côté droit de la scène, ils écoutent leur maîtresse. Elle leur demande s'ils ont bien écouté l'histoire, et ce qu'ils en ont retenu. Chacun leur tour il
lèvent le doigt pour répondre.
Narrateur
Mais bientôt tout cela sera fini. Car la reine a décidé d'inventer un livre électronique pour hypnotiser les Darkcitiens.
Chanson 4 : « Les livres
électroniques »
La reine : Killian
Lorie : Léana
Emeric : Emeric
Les gardes : les mêmes qu'à la scène 4
Les comédiens se figent. Entre la reine et commence à chanter seule les deux premiers couplets. Pendant la partie instrumentale, avec Maé à la caisse claire et aux cymbales, des
gardes arrivent pour distribuer des livres électroniques aux personnages déjà présents, qui se plongent aussitôt dans la lecture. Au troisième couplet (« une histoire fantastique »), il
se mettent à chanter en choeur, les yeux grands ouverts, comme hypnotisés. Lorie entre discrètement, et sans que la reine ne la voit, observe tous les autres, en passant la main devant leurs
yeux, sans qu'ils réagissent. Elle sort avant la fin de la chanson.
Après la chanson, Emeric entre, les lecteurs sont toujours figés. Il menace la reine de changer l'histoire des livres électroniques, et qu'ainsi tous les habitants de NewBook City se révoltent,
si elle ne lui dit pas à l'instant où est cachée sa fille. La reine, affolée, lui dévoile l'identité de la fille d'Emeric : « C'est Lorie ! »
« - Quoi, mais... ce n'est pas possible ! Sa mère... Je croyais qu'elle était partie avec sa mère, qu'elle m'avait quittée...
- Non, ta femme est morte, et c'est moi qui l'ai tuée ! Si je ne l'avais pas fait, à cette heure, c'est elle qui règnerait sur DarkCity, que dis-je... sur NewBook City, car désormais cette ville
entière est sous mon contrôle, grâce à ton invention diabolique !
- Je ne te laisserai pas faire. Surtout après ce que tu viens de me révéler !
Emeric sort une télécommande, appuie sur un bouton, et s'enfuit en courant et en appelant Lorie. Tous les lecteurs présents clignent des yeux, se remettent à lire, puis relèvent de nouveau la
tête, mais cette fois en colère et commencent à s'approcher de la reine.
Noir
Scène 6 – libération des conteurs
Lorie : Noémy
Emeric : Antoine
Les gardes : les mêmes qu'à la scène 2
Les conteurs : les mêmes qu'à la scène 2
Lorie arrive à la prison, déguisée en conteuse (en chaperon rouge, un livre de contes à la main), escortée par Emeric, déguisé en garde. Elle se fait
délibérément enfermer. Une fois dans le cachot avec les autres conteurs, Lorie révèle son identité en enlevant son chaperon, et explique qu'elle a une copie du badge électronique de la reine. Ils
sortent donc du cachot, neutralisent les gardes, les mettent à leur place. Ils s'apprêtent à faire le même sort à Emeric déguisé en garde, mais Lorie leur
explique que c'est grâce à lui si elle a pu les libérer. Il leur prouve d'ailleurs sa bonne foi en leur faisant boire l'antidote de sa potion qui rend muet. Comme ils s'étonnent, elle raconte
qu'il vient de découvrir qu'il était son père, « Mais je vous raconterai ça plus tard, c'est une longue histoire ! »
Tous ensemble se rendent alors à la bibliothèque pour récupérer les derniers livres qui n'ont pas été brûlés.
Charlie : « Ah, Lorie, merci. Grâce à toi, tout est bien qui finit bien ! Depuis le temps que je venais rendre visite à la reine, je voulais te dire que...
- Plus tard Charlie, tout n'est pas terminé. Depuis que vous êtes enfermés, la reine a fait brûler tous les livres de contes. Et pire, elle a fait construire des livres électroniques qui
hypnotisent tout le monde.
- Ne t'en fais pas pour ça, Lorie (dit Emeric), je les ai neutralisés. En revanche, il nous faut absolument récupérer tous les livres de la reine avant elle, car dans sa folie, elle
risque de les détruire aussi, et ce sont les derniers !
- Vite, allons-y, tous à la bibliothèque ! (dit Lorie)
Et tous partent en courant, laissant les gardes à terre.
Scène 7 – dénouement
Bibliothèque, murs blancs.
Charlie arrive en premier : « Trop tard ! Il n'y a plus aucun livre, c'est fichu. Tous ces livres de contes partis en fumée ! »
Lorie : « Ne t'en fais pas Charlie, ma belle-mère tenait tellement à ses livres qu'elle les protégeait derrière ces murs d'acier qu'elle seule pouvait ouvrir, grâce à un lecteur à
reconnaissance d'ADN.
- ça ne résoud pas le problème ! Les livres sont coincés derrière ces murs à tout jamais.
Emeric : - Sauf que, lorsque j'ai conçu cet antivol très spécial, je venais de perdre ma fille. La seule chose qu'il me restait d'elle, c'était une boucle de ses cheveux. Pour garder son
souvenir éternellement, j'ai également séquencé son ADN et l'ai entré dans les données de l'ordinateur central. Logiquement, avec un de tes cheveux, Lorie, les murs devraient s'ouvrir.
Lorie s'exécute, et en effet, les murs s'ouvrent pour laisser place à la bibliothèque de la reine.
Conteurs : « Oh, quels livres magnifiques ! Moi qui venais ici depuis si longtemps, je n'ai jamais pu y toucher... Quelles merveilles... » Et ils prennent chacun, avec
précautions, l'un ou l'autre des livres.
Chanson 5 : "Libérés"
Epilogue
(après le salut final)
Le reine revient, seule, dans sa bibliothèque désormais sans livres. Un seul est là, par terre. Elle l'ouvre, par curiosité... et se fait hypnotiser.
Noir et Rideau